«La transition énergétique à la portée de toutes les PME»
Quels enseignements tirer des premiers accompagnements EcoPME, le dispositif de la BCN qui associe diagnostic énergétique et financement à des conditions avantageuse pour les PME?
Florent Villard, ingénieur d’affaires en maîtrise de l’énergie dans l’industrie chez Planair, partage ses constats sur les sources de consommation, les mesures concrètes à mettre en œuvre et les freins rencontrés par les entreprises. Il explique aussi pourquoi l'efficacité énergétique est un levier de compétitivité et de résilience.
Après les premiers accompagnements EcoPME réalisés, quels sont vos principaux constats?
Florent Villard: À l’origine de notre partenariat avec la BCN se trouve l’ambition partagée de rendre l’accompagnement à la transition énergétique accessible à l’ensemble des acteurs économiques locaux, quels que soient leur taille ou leurs ressources.
Fort de 40 années d’expérience dans ce domaine, Planair a développé des outils d’analyse permettant d’identifier efficacement les principaux leviers de réduction des consommations énergétiques et des émissions de gaz à effet de serre.
Cela nous permet de rendre un diagnostic structuré et des recommandations concrètes, directement applicables, et compatibles avec les contraintes opérationnelles. Pour l’entreprise, l’engagement se limite à une visite sur site d’une demi-journée.
C’est précisément ce pragmatisme qui suscite la plus grande satisfaction auprès des PME neuchâteloises que nous avons accompagnées.
Quelles sources de consommation ou de gaspillage majeures constatez-vous chez les PME?
Les audits réalisés à ce jour ont permis d’identifier un potentiel moyen de réduction des émissions de CO2 supérieur à 70%, et de mettre en évidence deux axes d’amélioration principaux.
Le premier concerne les systèmes de chauffage, destinés tant au confort qu’aux procédés industriels. Ils fonctionnent encore fréquemment avec des énergies fossiles, alors que des solutions alternatives éprouvées, mais parfois méconnues, existent.
Le second concerne les équipements dont le fonctionnement n’a pas été optimisé, souvent depuis leur installation. Groupes frigorifiques, monoblocs, compresseurs, machines-outils, … autant d’équipements qui fonctionnent parfois en continu et pèsent sur les charges des PME.
Nous avons par exemple travaillé sur le remplacement d’un compresseur dont le temps de retour sur investissement brut était de seulement deux ans. Chaque année, cette PME gaspillait en électricité l’équivalent de la moitié du prix d’un compresseur neuf!
Quelles sont les mesures qui permettent d’obtenir rapidement des résultats concrets?
Lors de chaque audit, nous accordons une attention particulière à l’optimisation des régulations des équipements: production de chaleur, de froid, d’air comprimé, ventilation… Ces mesures peuvent souvent être mises en œuvre immédiatement, sans investissement significatif. Elles représentent pourtant plus de 25% des économies identifiées.
Nous sommes convaincus que ces «quick win» sont essentiels, car ils permettent aux clients de rapidement mesurer les bénéfices de leurs actions, tant sur leur bilan CO2 que sur leur facture énergétique.
Ces premiers résultats positifs encouragent ensuite les dirigeants à engager des projets de plus grande ampleur, comme le remplacement d’une chaudière ou l’installation d’une centrale photovoltaïque.
Quels sont les principaux freins que vous avez identifiés chez les PME?
L’incertitude est souvent le frein le plus important.
La grande majorité des PME sont très réceptives aux enjeux de durabilité et aux solutions existantes. Cependant, la technicité du domaine et la diversité des possibilités rendent les décisions complexes. Il leur manque souvent la confiance nécessaire pour franchir le pas.
Les propositions des fournisseurs ne suffisent pas toujours à lever les incertitudes, notamment en raison des intérêts commerciaux qui peuvent les accompagner.
En tant qu’expert neutre et indépendant notre rôle est de donner aux entreprises les meilleures recommandations, fondées uniquement sur leurs besoins et contraintes techniques.
Nous prenons beaucoup de plaisir à échanger avec nos interlocuteurs et à répondre à leurs nombreuses questions lors des audits. Actuellement, celles-ci portent souvent sur le photovoltaïque couplé au stockage par batteries, ainsi que sur les solutions de chauffage décarbonées, en intégrant des réseaux et capacités de stockage adaptés aux activités des entreprises.
Peut-on aujourd’hui considérer l’efficacité énergétique comme un enjeu de compétitivité et de résilience?
Incontestablement. Les exigences des marchés en matière d’empreinte carbone se renforcent, et les chaînes de valeur sont désormais examinées dans leur ensemble. Face à ces évolutions, des solutions techniques éprouvées et accessibles existent.
Certains projets nécessitent des investissements. Ils permettent en contrepartie de réaliser des économies durables, de gagner en autonomie énergétique, et de valoriser le patrimoine des entreprises.
L’accompagnement proposé par la BCN permet aux PME de découvrir, par exemple, que certains investissements peuvent être rapidement rentabilisés grâce aux économies générées. Leur mise en œuvre devient alors particulièrement avantageuse, et renforce l’importance de faire les bons choix techniques dès les premières étapes des projets. Ce sont ces choix qui permettront de valoriser le patrimoine et les activités de l’entreprise sur le long terme.
C’est toute l’ambition des audits ciblés que nous avons développés: faciliter l’accès à une vision technique et financière concrète des solutions énergétiques qui contribueront à la performance et au développement de nos PME.