Le nouveau visage des marchés
Les marchés ont inscrit de nouveaux records en février, le SMI suisse franchissant pour la première fois le cap symbolique des 14’000 points. Pourtant, sous ce calme apparent, des mouvements d'une rare intensité témoignent d'une profonde rotation géographique et sectorielle.
L’euphorie aveugle pour l’intelligence artificielle (IA) cède la place à un discernement accru entre les gagnants structurels et des modèles plus fragiles. Le phénomène du «AI scare trade» pèse ainsi sur les secteurs traditionnels des logiciels, des médias et des services professionnels, perçus comme des perdants potentiels face à la disruption technologique. À l'inverse, les «gagnants de l’IA», principalement le matériel technologique, les infrastructures énergétiques et certains pans de l’industrie, captent l'essentiel des flux. L'ampleur de cette divergence est historique: au sein du S&P 500, l'écart de performance entre le meilleur et le pire secteur atteint environ 30% depuis le début de l'année.
Retour de la diversification
Après des années de domination, cette relative fatigue du thème technologique pur favorise une diversification vers les petites capitalisations, l’Europe et les marchés émergents. Corollaire, la concentration extrême observée en 2025 commence à se normaliser. Cet élargissement de la participation au cycle haussier constitue un signal sain pour la poursuite du rallye boursier. De plus, la saison des résultats demeure solide, avec une croissance bénéficiaire à deux chiffres au quatrième trimestre 2025, en particulier dans la technologie.
La volatilité accrue du secteur s’apparente donc à une phase de digestion plutôt qu’à un retournement de tendance. La stagnation récente des mégacapitalisations a permis de détendre les multiples de valorisation, réduisant mécaniquement le risque de surchauffe. L’exemple de Nvidia, la figure de proue de l’IA, est frappant. Malgré des résultats records, la défiance quant à la durabilité du cycle a ramené son ratio cours/bénéfice vers des niveaux proches de la consommation de base. Ce phénomène illustre un marché qui ne consent plus à payer de prime excessive pour la croissance technologique.
Une version de cet article a été publié dans ArcInfo