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Une croissance modérée mais résiliente

Economie

28.08.2026, par Fabienne Courvoisier, resp. Communication & Pôle économique

Même si plusieurs économies montrent des signes encourageants après une période prolongée de ralentissement, l’environnement international reste marqué par une croissance modérée. Selon le Fonds monétaire international (FMI), elle devrait atteindre 3,0% en 2026. Les perspectives sont tributaires des tensions géopolitiques et de la volatilité des prix de l’énergie, avec toujours des incertitudes autour des politiques commerciales. Toutefois, l’organisation internationale s’attend à ce que la progression modérée prévue pour cette année soit contrebalancée par une accélération de la croissance (3,4%) en 2027. 

Une économie mondiale qui résiste

Les pays qui bénéficient d’investissements liés aux nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, ou qui profitent de la hausse des prix de l’énergie s’en sortent mieux que les économies dépendantes des importations d’énergie ou plus vulnérables à l’instabilité internationale. En juillet, la désinflation mondiale a marqué une pause après avoir nettement reculé depuis 2024. 

L’actualité peu rassurante depuis le début de l’année a toutefois impacté dans une moindre mesure la croissance helvétique. Selon le baromètre conjoncturel du Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’EPF de Zurich, les perspectives économiques se sont améliorées en juillet et le PIB a progressé à 0,4% au premier trimestre, après une série de trimestres précédents faibles (+0,2% à fin 2025).

La Suisse maintient le cap malgré les turbulences

L’activité économique a été portée par un redressement de l’industrie manufacturière selon les tendances publiées par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) au début de l’été. Le secteur de la pharmaceutique peut également y avoir contribué sur le plan national. La consommation des ménages et la demande intérieure évoluent toutefois plus modestement, ce qui limite la dynamique de croissance. 

Sur le plan national, l’inflation a légèrement reculé à 0,4% en juillet (contre 0,5% en juin et 0,6% en mai). Cette contraction indique que la Banque nationale suisse (BNS) dispose de peu de raisons de relever son taux directeur, fixé à 0%. Le franc reste fort mais échappe, à ce stade, à une nouvelle appréciation. 

Le KOF souligne toutefois le risque qui subsiste : si les tensions géopolitiques devaient s’aggraver et faire grimper durablement les prix du pétrole, la croissance suisse pourrait être plus faible qu’estimée. A l’inverse, un apaisement de la situation internationale serait propice à une reprise des investissements, des exportations et des échanges internationaux. 

Pour une économie ouverte comme celle de la Suisse, et particulièrement pour un canton comme Neuchâtel fortement orienté vers les exportations, ces évolutions doivent être examinées avec vigilance. L’annonce des droits de douane américains passant de 10% à 12,5% pour les marchandises suisses dès le 24 juillet constitue un facteur supplémentaire de pression pour les entreprises exportatrices suisses. Les chiffres communiqués par la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) pour la première partie de l’année montrent toutefois que les exportations de ce secteur ont bien résisté avec une baisse de 0,7% par rapport à la même période l’année précédente.

Neuchâtel reste davantage exposé aux incertitudes

Dans le canton de Neuchâtel, l’économie continue d’évoluer dans un contexte exigeant pour son tissu industriel fortement tourné vers les exportations. La demande internationale reste hésitante et la visibilité au plus bas. 

L’enquête printanière de la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie (CNCI) montre que les entreprises neuchâteloises anticipent un net ralentissement de l’activité en 2026, avec une dégradation des perspectives d’investissement et d’emploi. Le domaine des services résiste mieux que les entreprises industrielles qui apparaissent particulièrement prudentes. Les PME du secteur de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux jugent leur situation commerciale défavorable. Les raisons évoquées pour expliquer la faiblesse de la demande sont le recul des investissements dans leur domaine d’activité, la force du franc et les incertitudes géopolitiques mondiales. 

La présence forte en terres neuchâteloises du secteur horloger et de la chimie-pharma impacte naturellement également le marché du travail. Si le taux de chômage en Suisse est descendu pour la première fois de l’année à 2,9% en juin pour ensuite remonter à 3% en juillet, les cantons romands restent au-dessus de cette moyenne. A Neuchâtel, il s’est ainsi maintenu à un niveau stable (4,3%) depuis mai.

Des perspectives encore fragiles

Même si elle ne constitue pas une mesure de stabilisation conjoncturelle, la prolongation de la réduction de l’horaire de travail (RHT) jusqu’à fin janvier 2027 constitue un soutien bienvenu pour les entreprises industrielles toujours confrontées à la faiblesse de la demande internationale. Elle permet de maintenir la capacité de rebond des secteurs exportateurs et de conserver un maximum de ressources durant cette période d’incertitude. 

Le faible renchérissement (+0,6% par rapport à l’année précédente) contribue à préserver le pouvoir d’achat des ménages neuchâtelois. La consommation devrait ainsi apporter un léger soutien à l’économie régionale, même si la demande intérieure reste néanmoins freinée par une confiance plus prudente.

Une version de cet article a été publiée dans le Bulletin conjoncturel du Canton de Neuchâtel.