Les Etats-Unis renouent avec Hamilton
L’économie américaine connaît une transformation profonde qui rappelle la logique «hamiltonienne» d’Alexander Hamilton, premier secrétaire au Trésor des Etats-Unis. Dès la naissance de la République, cette approche faisait de la solidité financière, industrielle et technologique un pilier de la puissance nationale. Hamilton défendait notamment un système financier puissant, le développement des infrastructures et la protection temporaire des industries américaines.
De la mondialisation à la souveraineté
Après plusieurs décennies de mondialisation, de libre-échange et de délocalisations, Washington remet ce modèle en question. La pandémie, les tensions avec la Chine, la guerre en Ukraine et les ruptures des chaînes d’approvisionnement ont révélé les risques liés aux dépendances extérieures. L’objectif n’est plus seulement de rechercher le coût de production le plus faible, mais aussi de garantir la résilience de l’économie.
Les Etats-Unis privilégient désormais la souveraineté économique. Semi-conducteurs, intelligence artificielle, énergie, infrastructures électriques, défense et minerais stratégiques sont devenus prioritaires. Droits de douane, subventions, crédits d’impôt et investissements publics sont mobilisés pour accélérer la réindustrialisation et sécuriser les chaînes d’approvisionnement.
Un nouveau compromis entre marché et Etat
Cette évolution ne signifie pas la disparition du marché, mais l’émergence d’un nouveau compromis avec l’Etat. Le secteur privé reste le moteur de l’innovation et de l’investissement, tandis que les pouvoirs publics cherchent à orienter davantage les capitaux vers les secteurs stratégiques.
Pour les marchés financiers, cette politique pourrait soutenir durablement les infrastructures, l’énergie, la défense, les semi-conducteurs, l’automatisation et l’IA, tout en renforçant la croissance potentielle grâce à l’investissement productif. En revanche, les déficits publics, l’offre de dette et les droits de douane pourraient maintenir des pressions sur l’inflation et les taux à long terme.
Le retour d’Hamilton marque ainsi le passage d’un capitalisme fondé sur l’optimisation de la mondialisation à un modèle davantage orienté vers la puissance, la résilience et la souveraineté économique.
Une version de cet article a été publiée dans ArcInfo.