La bcn Actualites et medias Actualités Le paradoxe de l’uranium

Le paradoxe de l’uranium

EconomieInvestissement

21.04.2026, par Daniel Oliveira Mota, Collaborateur Asset Management

Après un pic à 106 dollars la livre d’oxyde d’uranium, soit environ 234 dollars le kilo, le prix de l’uranium a cessé de s’envoler et a même reculé jusqu’à 77 dollars la livre en septembre dernier. Cette relative stabilité peut surprendre au moment où le nucléaire revient au centre des débats énergétiques. Centres de données, intelligence artificielle, électrification des usages: tous exigent davantage d’électricité. Or le nucléaire fournit déjà près de 10% de la production mondiale. Dès lors, si les besoins en combustible augmentent, pourquoi le prix de l’uranium ne flambe-t-il pas davantage? 

Des stocks suffisants pour contenir les tensions 

Une première explication tient aux stocks disponibles. Fin 2024, la World Nuclear Association évoquait encore des réserves civiles importantes dans plusieurs grandes régions du monde. Ces volumes ont longtemps amorti le marché et peuvent encore limiter les tensions visibles sur les prix. Reste une inconnue: pendant combien de temps ces stocks pourront-ils jouer ce rôle? A plus long terme, certains regardent aussi du côté de la fusion nucléaire, dont le développement pourrait un jour diminuer les besoins en uranium. 

Autre élément: le prix affiché ne reflète pas l’ensemble du marché. L’uranium ne s’échange pas comme le pétrole sur une place transparente et instantanée. Une grande partie des transactions repose sur des contrats privés conclus sur plusieurs années, parfois jusqu’à quinze ans. Avec ces accords de long terme, souvent encadrés par des prix plancher et plafond, les hausses de prix sont lissées, ce qui permet d’éviter un choc sur la demande. 

Des contraintes industrielles

Enfin, le véritable goulot d’étranglement ne se situe pas toujours dans le minerai brut. Avant d’alimenter une centrale, l’uranium doit encore être converti, enrichi puis transformé en combustible. Si, par exemple, un problème survient dans la transformation du minerai, on ne verra pas d’impact immédiat sur le prix de l’uranium. 

En somme, la stabilité actuelle du prix de l’uranium ne signifie pas l’absence de besoins, mais un marché amorti par les stocks, les contrats de long terme et les contraintes de transformation. Dans un secteur aussi stratégique qu’opaque, aucun scénario ne peut être exclu.

Une version de cet article a été publiée dans ArcInfo.