Métaux précieux: quand la réalité physique défie les prix du marché
Le marché de l’or et de l’argent repose sur une dualité: le marché papier, où s’échangent des contrats financiers, et le marché physique, où circulent réellement lingots et pièces. Pourtant, les prix de référence sont surtout déterminés par les marchés à terme, les ETF et les produits dérivés.
Quand le marché papier fixe le prix du métal
Le marché papier fonctionne grâce à des promesses de livraison. Sur le COMEX, les volumes échangés peuvent représenter jusqu’à des centaines de fois le métal disponible. Tant que peu d’investisseurs demandent une livraison physique, le système reste stable. Mais si cette confiance s’érode, une divergence peut apparaître entre les prix financiers et la valeur réelle du métal disponible.
L’or bénéficie d’une situation relativement équilibrée. La quasi-totalité de l’or extrait est encore détenue sous forme de réserves, bijoux ou investissements. À l’inverse, l’argent est avant tout un métal industriel utilisé dans les panneaux solaires, les semi-conducteurs, l’électronique et les batteries. Une grande partie de l’argent extrait a été consommée et dispersée, réduisant considérablement les stocks disponibles.
L'argent face à une raréfaction croissante
Depuis plusieurs années, le marché de l’argent connaît un déficit structurel: la demande mondiale dépasse la production minière et le recyclage. La transition énergétique, les véhicules électriques et l’intelligence artificielle renforcent cette pression, tandis que l’offre progresse lentement.
Malgré ces déficits, les prix n’ont pas encore pleinement reflété cette rareté. Les stocks accumulés et l’ampleur du marché papier ont absorbé les tensions. L’un des indicateurs les plus révélateurs est le taux de location, soit le coût d’emprunt du métal physique. Lorsqu’il s’envole, le métal devient plus difficile à obtenir.
Cette situation alimente le risque d’un «short squeeze», avec des vendeurs à découvert contraints de racheter du métal dans un marché déjà tendu. Les écarts observés entre le prix spot et celui réellement payé suggèrent que cette divergence existe déjà par moments.
À long terme, les déficits structurels, la baisse des stocks et la demande industrielle croissante pourraient conduire à une réévaluation majeure du marché physique, en particulier pour l’argent.
Une version de cet article a été publiée dans ArcInfo.