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Le talon d’Achille de l’IA: son financement

EconomieInvestissement

17.02.2026, par Jean-Noël Grossin, Gérant de fonds

Pour un projet de centre de données de 27 milliards de dollars, Meta a récemment choisi de créer une coentreprise avec Blue Owl Capital afin de garder ces actifs hors de son bilan, affirmant ne pas en être le bénéficiaire économique principal. Ce montage, validé légalement et courant dans les infrastructures, a toutefois été signalé comme un danger par l’auditeur Ernst & Young, soulignant la frontière ténue entre optimisation comptable et interprétation agressive des règles.

Le hors-bilan: optimiser sans éliminer le risque

L’objectif est clair: éviter de consolider l’actif et la dette afin d’alléger le bilan, préserver les ratios financiers et maintenir de la flexibilité, tout en poursuivant un projet stratégique pour l’intelligence artificielle (IA). Mais cela révèle une transformation plus large du financement. Les montants des dépenses en capital sont devenus si massifs que même les Big Tech cherchent à externaliser une part de ces investissements, pour limiter l’accumulation de risques bilanciels. 

Le hors bilan ne signifie pas absence de risque. Si les centres de données ne délivrent pas les rendements attendus, si la demande ralentit ou si le coût du financement augmente, la dépendance économique demeure. 

Un écosystème financier parallèle sous tension

Ce type de structure attire aussi l’attention des autorités américaines. L’inquiétude porte sur l’opacité et sur la concentration croissante du risque dans des véhicules moins visibles (crédit privé ou fonds d’infrastructure). Un écosystème parallèle finance désormais une part essentielle de l’économie future. Tant que la liquidité est abondante et les taux maîtrisés, cela fonctionne. En cas de stress, les canaux de transmission du risque deviennent plus difficiles à identifier.

Le financement pourrait ainsi devenir le talon d’Achille du cycle IA. L’afflux massif de capitaux augmente mécaniquement le risque de mauvaise allocation, fondée sur des hypothèses ambitieuses d’utilisation et de croissance. Lorsque les structures se complexifient, les bilans sont optimisés et les régulateurs s’interrogent, la volatilité vient moins de la technologie que de la manière dont elle est financée. L’IA transformera le monde, mais elle testera d’abord la robustesse du système financier qui la soutient.

Une version de cet article a été publiée dans ArcInfo.