Une nouvelle contrainte sur les banques centrales
La Chine exerce une influence déterminante sur la politique monétaire des grandes banques centrales occidentales. Non pas par les taux de change, les sanctions ou les droits de douane, mais par un mécanisme plus discret: la signalisation des prix à l’exportation, adossée au contrôle administratif des chaînes d’approvisionnement. Cette stratégie transforme le commerce mondial en un instrument de régulation monétaire indirecte.
Les banques centrales du G7, enfermées dans des mandats fondés sur des indicateurs retardés, ont besoin de confiance dans la trajectoire de l’inflation pour ajuster leurs taux. Or, en agissant sur les prix des intrants importés, les délais logistiques, les normes, les licences, la qualité ou encore le financement du commerce, les exportateurs peuvent maintenir une pression inflationniste apparente, tout en rendant ses causes opaques. L’inflation mesurée persiste, les marges se contractent, les décisions d’investissement sont retardées, mais sans choc visible ni confrontation directe.
Ajustements par étapes
La politique monétaire agit sur la demande, tandis que l’offre reste soumise à des contraintes physiques et administratives indépendantes des taux d’intérêt. L’écart entre ces deux dynamiques devient le terrain d’action de cette stratégie. Les ajustements se font par étapes — matières premières, produits transformés, composants — créant un plancher de coûts élevé et réduisant progressivement la marge d’assouplissement monétaire.
L’efficacité du dispositif repose davantage sur le timing et la persistance que sur l’ampleur des hausses de prix. De légères rigidités, synchronisées avec les phases où les banques centrales envisagent un assouplissement, suffisent à éroder la confiance sans déclencher d’alarme. Les contrôles administratifs, la gestion des stocks, l’influence sur les indices de référence et le durcissement des conditions de financement du commerce renforcent cette pression de façon cumulative.
Décisions retardées
Contrairement aux instruments traditionnels, cette méthode reste réversible, fragmentée et difficile à contrer. Les outils monétaires ne peuvent ni accélérer les autorisations, ni restaurer la qualité ou la fiabilité perdues. Il en résulte une hésitation prolongée: les banques centrales retardent leurs décisions pour préserver leur crédibilité, tandis que les coûts réels importés érodent progressivement les fondements économiques.
En conclusion, la chaîne d’approvisionnement devient une arme géoéconomique. La formation des prix remplace le taux d’intérêt comme instrument clé, réduisant la souveraineté monétaire par une gestion délibérée du temps, de la qualité et de l’incertitude.
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