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Comment donner du sens à son argent

DurabilitéInvestissement

10.02.2026, par Marie-Laure Chapatte, Responsable RSE

Un nombre croissant d’épargnantes et d’épargnants désirent que leur argent ait un impact positif sur la société. La finance durable permet de concilier performance financière et utilité collective, dans un contexte présentant de nombreux défis environnementaux ou sociaux. Mais face à certains vents contraires, comment continuer à investir selon sa sensibilité durable personnelle? 

La finance durable ne constitue plus une niche éthique, mais s’est développée jusqu’à devenir une stratégie répandue. Selon Swiss Sustainable Finance, le volume des investissements durables gérés en Suisse a atteint 1’881 milliards de francs à fin 2024. Au cours des dix dernières années, cela consiste en une augmentation d’environ 2'500% ! 

Alors bien sûr, le vent trumpien a soufflé en 2025 sur la finance mondiale, apportant son lot de rétropédalages en matière de durabilité. La posture anti-climat du président américain, tout comme son décret remettant en cause les initiatives en matière de diversité et d’inclusion, ont rendu frileux les gestionnaires d’actifs américains, les poussant à réduire la promotion de l’investissement ESG (environnement, social et gouvernance). 

Rétropédalage plus modéré chez nous 

Et ce souffle négatif d’outre-Atlantique a évidemment touché le Vieux-Continent. Cet automne, le Parlement européen a entériné Omnibus, un paquet de lois visant à simplifier certaines règles que les entreprises doivent suivre en matière de durabilité et réduire les obligations de divulgation. La performance ESG des entreprises est ainsi plus difficile à prendre en compte par les gérants d’actifs. 

En Suisse, les vents contraires se font également ressentir, mais peut-être de manière un peu moins forte. En effet, une catastrophe comme l’ensevelissement de Blatten témoigne de la nécessité d’agir. De fait, l’autorégulation du secteur financier évolue. Elle exige tout d’abord que les conseillères et conseillers financiers soient formés sur cet questions. L’objectif? Que la clientèle puisse exprimer clairement ses préférences en la matière et que sa sensibilité à la durabilité soit prise en compte dans les produits qui lui sont proposés. 

Ensuite, l’autorégulation de l’Asset Management Association Switzerland (AMAS) impose désormais des directives contraignantes quant aux placements collectifs en lien avec la durabilité ainsi que l’information sur les produits durables. L’an dernier, nombreuses sont les banques qui ont dû redéfinir leurs stratégies et leur appellation de fonds de placements par exemple.   

Les différentes approches 

Sur le terrain, l’intérêt des investisseurs semble, sinon atone, toutefois modéré. Pourtant, c’est le bon moment pour la cliente ou le client privé de rechallenger son banquier sur les différentes approches puisque le paysage est en cours de remodelage. Voici la question à poser: parmi les approches ESG suivantes, lesquelles appliquez-vous dans votre établissement ou pour ce fonds de placement? 

  • L’exclusion: certaines entreprises sont systématiquement – ou à partir d’un seuil d’activité – exclues de l’univers d’investissement en raison de la nature de leurs activités qui vont à l’encontre de valeurs prédéfinies (par exemple les énergies fossiles, les armes, le tabac, etc.).
  • L’intégration: des critères ESG sont pris en compte à différentes étapes du processus de sélection des entreprises. Cela permet notamment d’identifier les risques liés au climat, aux droits humains ou à la gouvernance par exemple pour offrir une meilleure résilience du portefeuille.
  • L’approche best in class ou filtrage positif: les entreprises sont sélectionnées en fonction de leurs performances ESG vis-à-vis de leurs pairs afin de privilégier les meilleures pratiques dans les différents secteurs.
  • L’actionnariat actif: en sus de prendre en compte des critères ESG lors de la sélection de titres, les investisseurs ou les gérants exercent activement leurs droits de vote aux assemblées générales basés sur les principes ou lignes directrices durables. En sus, certains actionnaires engagent un dialogue direct avec les entreprises afin de les inviter à adopter des pratiques plus durables sur des thématiques concrètes, comme les plans de transition ou la représentation des femmes à la direction.
  • L’investissement thématique: les entreprises sont ciblées en fonction de leur contribution à des solutions durables dans des thèmes ou secteurs déterminés (énergies renouvelables, biodiversité, santé, etc.).
  • L’investissement d’impact: la sélection de titres vise à générer un impact positif et mesurable sur l’environnement ou sur la société en plus du rendement financier. 

Dans tous les cas, la clientèle a le droit d’avoir un échange nourri et transparent avec sa conseillère ou son conseiller pour déterminer les approches qui correspondent le mieux à ses valeurs et à ses objectifs financiers. 

D’autres solutions d’investissement, plus impactantes encore, sont disponibles dans la panoplie de la finance verte. Parmi celles-ci figurent les obligations vertes (ou green bonds dans le jargon). Cet emprunt obligataire émis sur les marchés financiers par une entreprise ou une entité publique finance directement des projets durables très spécifiques, comme par exemple la gestion de l’eau, de l’énergie ou des déchets. La finance solidaire applique la même logique avec une orientation sur des critères sociétaux et communautaires. 

Au final, il existe donc plusieurs déclinaisons de la finance durable avec une intensité différente selon l’approche choisie. 

Aligner ses investissements sur ses valeurs 

Soyons honnête, faire des choix éclairés n’est pas toujours aisé, surtout si on ne maîtrise pas ces sujets sur le bout des doigts. Si, en tant que parent ou grand-parent ou simple citoyen, vous pensez que vous pouvez agir à votre échelle (par exemple avec l’ambition de réduire l’empreinte carbone de votre portefeuille, de soutenir des projets sociaux, etc.), alors évoquez librement ce sujet avec votre conseillère ou conseiller bancaire: vos investissements doivent être alignées avec vos valeurs.

Une version de cet article est parue dans Générations.