La BCE fait-elle le bon choix de politique monétaire?
L’opportunité de relever les taux d’intérêt lors d’un choc d'offre suscite d'intenses débats parmi les économistes. Ce phénomène se traduit par une baisse soudaine de la disponibilité des biens ou services, souvent causée par des crises géopolitiques, des ruptures de chaînes logistiques ou des chocs énergétiques.
Cela provoque une inflation par les coûts. Face à cette situation, l’utilisation de l'arme monétaire classique — la hausse des taux — s'avère souvent inefficace, voire contre-productive.
Un outil monétaire mal ciblé
Premièrement, les taux d'intérêt agissent sur la demande, et non sur l'offre. Relever les taux augmente le coût du crédit pour les ménages et les entreprises, ce qui freine la consommation et l'investissement. Or, si l’inflation est provoquée par une pénurie de semi-conducteurs ou une explosion du prix du gaz, rendre le crédit plus cher ne fera pas apparaître de nouvelles puces électroniques ni ne produira plus d'énergie. La politique monétaire commet alors une erreur de ciblage en contractant artificiellement l'activité économique pour régler un problème structurel.
Le risque de stagflation
Deuxièmement, cette stratégie comporte un risque majeur de stagflation. En étouffant la demande alors que l’offre est déjà contrainte, les banques centrales risquent de précipiter l'économie dans la récession. On assiste alors au pire des scénarios économiques: une croissance en berne, un chômage en hausse, combinés à une inflation qui persiste en raison des coûts de production structurellement élevés. Enfin, la hausse des taux décourage les investissements indispensables pour résoudre précisément ce choc d’offre.
En conclusion, relever les taux d'intérêt lors d'un choc de production revient à soigner le mauvais symptôme. Cela fragilise le tissu économique sans guérir la racine du mal, qui relève plutôt de politiques industrielles et budgétaires ciblées. En montant ses taux d’un quart de point la semaine passée, la Banque centrale européenne a peut-être commis une erreur de politique monétaire qui pourrait précipiter le Vieux Continent en récession.
Une version de cet article a été publiée dans ArcInfo.