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La Suède vit-elle les derniers instants du cash?

Economie

29.10.2018 , par Adrien Burkhalter, stagiaire Marketing & Communication

La Suède en fer de lance, les pays scandinaves font la course en tête dans les transactions électroniques. La proportion des paiements par cash se réduit à une vitesse déroutante. Et en Suisse? Les Helvètes restent davantage attachés à leur monnaie.

Bâtiment originel de la Banque de Suède, plus ancienne banque centrale du monde et premier bâtiment en Europe du Nord destiné uniquement au secteur bancaire. Crédit photo: Södra Bankohuset dans Suecia Antiqua et Hodierna 1691 d’Erik Dahlberg

Depuis plus de 3000 ans et jusqu’à nos jours, le numéraire a été un instrument accompagnant l’évolution économique et sociale. Toutefois, cette époque où l’argent liquide était une condition sine qua non pour les transactions usuelles semble bientôt révolue. Des interrogations surgissent sur nos modes de paiement. La numérisation sonne-t-elle le glas aux transactions en espèces ?

Le cash est graduellement supplanté par la monnaie électronique. Toutefois, ce phénomène est plus ou moins prégnant selon les pays. La Suède illustre au mieux le succès des transactions électroniques au détriment de l’argent liquide. Selon les données de l’administration suédoise, la proportion des paiements par cash se réduit à une vitesse déroutante. La valeur des paiements en liquide se situait à 2% en 2015 et devrait chuter à 0,5% en 2020 en Suède, selon le professeur Pedro De Almeida de l’Université de Beira. De surcroît, 60% des Suédois utilisent une application, Swish, permettant de régler les transactions électroniquement dans les commerces via un smartphone.

Pionnier des billets de banque

Ce phénomène suédois n’est pas étonnant d’un point de vue historique. La Suède fut le premier pays européen à émettre des billets de banque à la fin du 17ème siècle et deviendra, probablement, le premier royaume à abolir les coupures. Les autres pays les plus avancés dans ce processus sont la Norvège et le Danemark. Les pays scandinaves sont donc incontestablement les leaders des transactions électroniques. Néanmoins, des pays émergents semblent emprunter la même direction à l’instar du Kenya. En effet, près de la moitié du produit intérieur brut est déjà traité par paiement mobile.

Le remplacement de la monnaie tangible par des méthodes électroniques se réalise rapidement, selon le susdit professeur, pour trois raisons essentielles : la commodité d’utilisation de la monnaie électronique, la voie progressive vers l’adoption du commerce en ligne et la réduction des coûts pour les banques commerciales (coûts de transport et du stockage). Quant aux banques centrales, un âge du paiement électronique signifierait que la réglementation de l’économie serait pleinement en leurs mains. La thésaurisation physique disparaîtrait quasiment et les instruments à l’instar du taux négatif visant à stimuler la dépense pourraient se déployer pleinement.

Changement générationnel

La Banque nationale suisse (BNS) énonce, dans son enquête sur les moyens de paiements en 2017, que 70% des transactions sont effectués à travers le numéraire. En dépit de ce grand volume, ces transactions ne représentent que 45% du montant total de l’ensemble des paiements. Autrement dit, la Suisse reste un pays attaché à sa monnaie.

De surcroît, l’enquête relève que les Helvètes sondés ont en moyenne 133 francs sur eux et n’utilisent que marginalement les nouvelles applications de paiement. L’enquête souligne toutefois que les personnes âgées de 15 à 34 ans favorisent les paiements par carte au détriment du liquide.

Par ailleurs, la numérisation apporte aussi son lot de difficultés. Les solutions informatiques doivent toujours être accompagnées par des systèmes de sécurité de plus en plus complexes. Et, n’oublions pas que l’accès à des solutions électroniques amène un coût pour l’utilisateur. Les touristes en Suède expérimentent à leurs regrets l’obligation de s’adapter aux solutions électroniques et digitales engendrant des coûts devant être supportés par les voyageurs. Mais plus alarmant encore, ce phénomène s’illustrant brusquement en Suède crée des marginaux : les personnes âgées ainsi que les indigents et perdent parfois l’accès aux biens de nécessité.

Retrouver l'emprise

En sus, l’ère de la numérisation doit faire face paradoxalement à des résistances de monnaies locales matérialisées sous la forme de billet. En Suisse romande, le Farinet, le Léman, le 20 val et l’Epi illustrent une détermination citoyenne à retrouver une certaine emprise sur l’argent et d’en restreindre la fuite à d’autres contrées. La BNS juge ces monnaies marginales et guère concurrentielles face au franc. En dépit de cette mutation rapide vers le paiement électronique favorisée par les nouvelles technologies au sein des pays développés, le numéraire reste une méthode de paiement essentielle pour le fonctionnement de l’économie, du moins pour encore quelques temps, en ce qui concerne la Suisse, comme le souligne la BNS. Les pays scandinaves semblent dessiner un panorama entièrement numérique où le cash ne serait qu’un souvenir pour la prochaine génération. Quant à savoir si le 22e siècle dévoilera le Vieux Continent sans le papier-valeur, la question reste béante.

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