La BCN Actualites et medias Actualités 4 vendeurs, 6 acheteurs, récit d’un MBO hors norme chez Hybrid

4 vendeurs, 6 acheteurs, récit d’un MBO hors norme chez Hybrid

PME

11.05.2022 , par Marie-Laure Chapatte, responsable Communication & Pôle économique

Florissante, la PME de Chez-le-Bart a privilégié l’an dernier une solution interne pour assurer la continuité de ses activités. Si la reprise par l’encadrement s’est faite en douceur, qu’un award technologique pointe le nez, des envies de nouveaux marchés et défis subsistent. Entretien croisé.  

«Vous vous rendez compte, même la colle vient à manquer !» Les feux sont orange en matière d’approvisionnement pour la société Hybrid, à Chez-le-Bart, un sous-traitant qui assemble des circuits micro-électroniques à forte valeur ajoutée.

Les préoccupations quotidiennes ont repris leur droit dans cette PME, une année après que six cadres ont repris l’entreprise via un management buy-out. C’est le deuxième MBO de l’histoire de cette PME. Retour sur cette transmission d’entreprise inhabituelle en raison du nombre de personnes impliquées, à savoir dix. 

La décision

«Nous voulions transmettre l’entreprise, glisse d’emblée Jean-Charles Porret, ancien copropriétaire et pour quelques temps encore directeur de l’entreprise. La terminologie est importante. Transmettre, c’est vouloir passer et pérenniser l’entreprise et les emplois en reléguant les aspects financiers au second plan, un peu comme des aléas collatéraux dont il faut toutefois se préoccuper.» Pour que la transition se fasse de manière harmonieuse, plusieurs cadres ont été intégrés au fil des ans dans le comité exécutif. «Ils ont ainsi dû s’impliquer dans les décisions de l’entreprise», poursuit le dirigeant.    

L’annonce

Bien décidés à céder leur entreprise, les quatre anciens patrons ont fait preuve d’originalité pour leur annonce. En novembre 2018, alors qu’une journaliste de la RTS tournait un reportage chez Hybrid pour l’émission Vacarme, la direction a lancé le défi à la nouvelle génération sur les ondes. «D’abord, ça a été une surprise, reconnaît Bertrand Huelin, surtout sous cette forme. Et même si nous avions le trouillomètre à zéro, nous l’avons surtout ressenti comme une marque de confiance.»  

Le processus

Mais avancer à six n’est pas toujours chose aisée. A chaque étape, donc, chacun devait se sentir libre de renoncer, expliquent trois repreneurs en chœur. Pour Diane Grandjean, il était également crucial que chaque nouvel actionnaire ait une part égalitaire: «Cela signifiait qu’on y allait ensemble, qu’on était tous prêts à relever ce défi et qu’on pourrait partager nos angoisses et nos réussites.» Cette approche s’est concrétisée via une convention d’actionnaires.

«A six, il faut un dialogue majeur et éviter les non-dit à tout prix», estime le commercial de l’équipe, Dominique Valantin. Sans oublier que ce transfert des rôles, avec des anciens propriétaires qui restent actifs dans la PME et des salariés qui deviennent patrons, cela peut créer une certaine confusion pour les 55 collaborateurs de la PME.

La période de Covid a un impact très mineur sur le processus. «On s’est posé la question une fois pour savoir si on gelait la transmission et on a décidé de poursuivre», explique un des protagonistes. Le sujet était clos.

Le financement

Et la transmission s’est opérée. Pour réaliser ce MBO, les six compères se sont tournés vers la BCN. «Nous étions dans une grande banque auparavant. Je ne voyais pas de raison de changer, admet la comptable de l’équipe. Mais nous avons dû admettre que l’offre de la BCN était plus convaincante.» «Et le contact de proximité qui s’est noué à ce moment précis a été déterminant», ajoutent ses collègues. Avec l’appui du Cautionnement romand, la banque cantonale a pu prêter la plus grande partie des fonds nécessaires à la reprise. L’implication des quatre vendeurs – avec un prêt de 20% du montant de reprise - a également contribué au succès de cette transmission.

«Je connaissais évidemment cette entreprise, fleuron de la Grand Béroche, se souvient Frédéric Bigler, responsable Entreprises à la BCN. Alors nous sommes heureux de pouvoir la compter aujourd’hui parmi nos clients, mais encore plus heureux de voir son développement économique, qui rejaillit sur la région.»

L’avenir

En effet, comme l’année dernière, Hybrid réalisera une croissance à deux chiffres en 2022. Elle affiche d’ores et déjà un chiffre d’affaires qui dépasse les 10 millions de francs et livre plus d’un million de modules électroniques par année. Elle agit comme sous-traitant pur, pour des clients qu’elle garde confidentiels, majoritairement suisses. «Même si après, nos circuits peuvent se retrouver sur Mars», illustre Dominique Valantin, qui s’intéresse à de nouveaux marchés.

L’award

Fondée en 1989, la PME de Chez-le-Bart a l’habitude des honneurs. En juin, elle sera à nouveau honorée pour son partenariat de longue date avec le CERN à Genève. «Nous allons recevoir un «Gold Award» pour notre prototype, qui sera utilisé dans le prochain accélérateur à particules», annonce Jean-Charles Porret. Ainsi, l’entreprise conserve un lien privilégié avec les milieux académiques, y compris le CSEM à Neuchâtel, avec pour objectif de rester à la pointe de la technologie.

Le défi

Maintenant que les emplois sont maintenus (les collaboratrices et collaborateurs affichent une ancienneté de 12 ans pour 44 ans de moyenne d’âge !), que les stocks ont été augmentés pour faire face aux problèmes d’approvisionnement, un défi subsiste une année après le MBO: redéfinir la gouvernance pour la suite. Parmi les six nouveaux actionnaires, lequel endossera le rôle de directeur général?

Bertrand Huelin (à gauche sur la photo), Diane Grandjean et Dominique Valantin (à droite), trois des six nouveaux actionnaires, entourent un des quatre vendeurs, Jean-Charles Porret, encore directeur général d’Hybrid.

Bertrand Huelin (à gauche sur la photo), Diane Grandjean et Dominique Valantin (à droite), trois des six nouveaux actionnaires, entourent un des quatre vendeurs, Jean-Charles Porret, encore directeur général d’Hybrid.
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